Joëlle Arnut Hanebali

Le Consulat général de France à Tanger vous propose de découvrir le portrait de Joëlle Arnut Hanebali, artiste plasticienne résidant à Tétouan dont une estampe a été sélectionnée pour figurer sur la carte de vœux du Consulat général.

JPEG - Pourquoi vous être installée dans le Nord-Maroc ?
J’avais rencontré à Bordeaux celui que j’allais accompagner dans ce pays que je connaissais vaguement car j’y avais déjà vécu trois ans à l’époque de l’école primaire. Nous nous sommes installés dans le nord du Maroc parce que c’est à la faculté des sciences de Tétouan que mon mari a été recruté. Nous avions choisi cette ville pour sa situation géographique, proche de la mer et de l’Europe sans la connaître particulièrement. Démarche intuitive comme beaucoup de mes agissements. J’aimais bien la sonorité du nom de la ville… Tétouan !

- Quels sont votre formation et votre parcours d’artiste ?
Après le lycée et quelques mois passés en Angleterre et en Irlande, je suis rentrée au moment opportun pour me présenter au concours d’entrée à l’école des beaux arts de Bordeaux.

J’ai adoré le premier cycle (2 ans) et les propositions de travail sur la couleur, le graphisme et le volume qui nous étaient faites par des enseignants plus ou moins « enfants » de Support/Surface (mouvement artistique des années soixante). Nous essayions d’y répondre de façon personnelle.

Puis le second cycle (3 ans) en Art, où les propositions avaient disparu et il nous était enjoint de trouver par nous même un propos à explorer et acquérir au besoin les compétences techniques qui nous faisaient défaut pour mener à bien notre projet. À l’époque peu de moyens matériels, c’était la débrouille, la récupération…

Un stage au sein de l’Artbus au CAPC à Bordeaux (appelé Centre d’Arts Plastiques Contemporains en 1982) alors que j’étais en quatrième année m’avait permis d’approcher l’aspect pédagogique de l’art. Un bus, véritable petit musée ambulant, circulait dans les écoles de la ville avec du matériel permettant aux enfants de s’initier à l’art par l’expérience.

Ponctuellement, une rencontre avec l’équipe d’enseignants et d’artistes-intervenants pour faire le point nous obligeait à expliquer et justifier notre démarche, épreuve pas toujours évidente ! Mais je suis reconnaissante à ce système pédagogique de m’avoir appris à voir et à reconnaître ce qui est essentiel.

Depuis, ici ou là, quelques expositions, dont récemment une exposition personnelle de dessins :
2015 : « Portraits » librairie Les Insolites, Tanger (Maroc)

et des expositions collectives :
2016, "Ferme ta boîte", Médiathèque d’Uzès (France)
2016, Ière Biennale Internationale de l’estampe de Dreux, Chapelle de l’Hôtel-Dieu, Dreux (France)
2016, "21 x 21", Ière Triennale internationale de gravure contemporaine, galerie El Catascopio, Barcelone (Espagne)
2015, "Ferme ta boîte", galerie du Parc, Trois-Rivières, Québec (Canada)
2015, "Intercessions", galerie Delacroix, Tanger (Maroc).

- En quoi votre installation à Tétouan a-t-elle influé sur votre démarche artistique ?
Le début de mon installation à Tétouan fin 1983 a été marqué par une période contemplative. Je me suis oubliée, occupée entièrement à comprendre le milieu où je me trouvais. Il ne faut pas minimiser les différences culturelles mais au contraire les prendre en considération pour éviter les impairs.

Puis je me suis remise à la peinture. Je ne disposais pas des matériaux habituels alors : tâtonnements, expériences diverses, adaptation à l’humidité de Martil (grand village en bord de Méditerranée plutôt agréable à l’époque !) qui faisait moisir les toiles libres (sans châssis) sur lesquelles je peignais…

Plus tard, j’ai entendu parler de l’atelier de gravure du centre culturel français de Tétouan qui avait été créé en 1989. Je me suis inscrite à un stage d’initiation en 1991 et ai découvert à ma grande surprise que la gravure me correspondait tout à fait pour la particularité qu’elle offre avec le multiple. C’est ainsi que je me suis accaparé les techniques de la gravure pour les mettre au service de ce que j’avais à dire et comme cela faisait un certain temps que j’étais en « pause » et que j’accumulais une montagne de « ressentis », j’ai travaillé avec voracité et ai libéré toutes mes envies ! Un déménagement à Tétouan s’imposait pour me rapprocher de l’atelier tout en permettant une autonomie à mes enfants (deux) qui pouvaient aller à l’école, au conservatoire de musique ou à la bibliothèque du centre culturel français tout seuls.

L’atelier de gravure était animé par de jeunes français ayant une formation artistique qui se succédaient pour un service civil. Pendant une vacance d’animateur, il m’a été demandé d’assurer la gestion de cet atelier ainsi que la mise en place, à mon tour, de stages d’initiation. Indécise au début n’ayant pour toute expérience professionnelle que des animations en centre de vacances durant mes études, j’ai accepté. Je me réjouis encore de cette expérience qui m’a appris à répondre aux exigences de la gestion d’un atelier ouvert aux initiés en libre-service, et qui m’a permis d’assister à la création d’un portfolio « Portulans et lettres de Marques » avec des textes de Gilbert Lascaux et de suivre le travail des artistes (invités venant du pourtour méditerranéen) et du taille-doucier venu pour les seconder et imprimer leurs estampes.

En plus de ma rencontre avec la gravure, vivre à Tétouan a modifié ma palette. Certes l’influence de la gravure y a participé mais la couleur, cette lumière changeante, est partout ! Dans les objets, les tissus, l’architecture, la terre, le ciel… de là est né ce sentiment d’inutilité de la couleur dans mon travail plastique. La plupart du temps le noir l’emporte, c’est plus lisible !

- Quel bilan tirez-vous de votre installation dans cette région ?
Il y a eu des moments difficiles mais le bilan reste positif. On acquiert une sensibilité accrue à vivre loin de son pays et de sa culture. Le regard porté change au fur et à mesure qu’on comprend l’autre. Je n’ai pas encore tout compris, je continue d’apprendre… il faut du temps !

www.joellearnuthanebali.net

Dernière modification : 05/01/2017

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